L’inarchivé – de Silvia Maglioni & Graeme Thomson, 2008

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Les cours de Gilles Deleuze à Vincennes furent filmés durant les années 1975-1976. Le projet fut tourné sous la responsabilité de Marielle Burkhalter avec une des premières caméra-vidéos portables. A partir de ce matériau, S.M. & G.T. décident de venir à Paris pour chercher les étudiants qui suivirent le séminaire du philosophe et pour réaliser un film, « Facs of Life », qui sortira en mai 2009 .

Pour retrouver les étudiants, les rushes  des cours furent diffusés sur un ancien moniteur et photographiés, à partir de celui-ci, cryptant les attitudes et les comportements des étudiants à l’image « d’une caméra de surveillance ». Toutes les personnes ne purent, bien sûr, être nommées avec exactitude. Le parti pris fut de ne présenter que des gros plans de visages anonymes, au noir et blanc fantomatique, plaçant les étudiants dans une existence autonome. De gros plans « gelés », par l’acte photographique se succèdent « dans un rythme hypnotique de soustraction et de résistance » – à l’oubli. Cette décomposition du matériau reprend celle déjà inscrite dans la manière de filmer des élèves. (Les imperfections techniques furent la cause du désintérêt et de la « disparition » du film par la suite.)

Le travail de redoublement du matériau « inarchivé » (via le  moniteur rephotographié et l’utilisation du recadrage dans le plan) par les cinéastes crée une distanciation avec l’oeuvre originale. Les puissances épuisantes du zoom, leur « blow-up »  produisent un écart qui permet, à travers l’épuisement de l’agrandissement, l’apparition d’une  texture d’images composées de zones abstraites à l’« opacité gazeuse », un magma où les noirs et blancs dérivent vers le gris, vers le trou noir, vers des taches de murs blancs en décomposition qui matérialisent ainsi, de manière poétique, l’enjeu de départ du projet  estudiantin inachevé, celui de filmer l’esprit philosophique en gestation. Ces imperfections vidéographiques apparaissent parfois aussi en striant soudainement l’écran d’une étrange trace de couleur, incongrue dans un matériau noir et blanc, qui soulignent la fulgurance de la pensée collective à l’œuvre émergeant des limbes de l’Histoire.

(Gabrielle Reiner, co-directrice 10EME FESTIVAL DES CINEMAS DIFFERENTS DE PARIS)

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L’INARCHIVE’ :  Installation à partir d’une rencontre entre un appareil photo numerique, des vidéos analogiques et la synthèse granulaire des interstices entre les mots et les corps.

Image : Silvia Maglioni
Son : Graeme Thomson
Programmation patch-midi: Maks Minissale

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